Tristan du Plessis, le jeune designer qui veut dépoussiérer Rome.

July 1, 2019

A tout juste 31 ans, Tristan du Plessis, fondateur de Studio A, est la star montante du design d’intérieur. Le Sud-Africain est nommé aux prochains Restaurant & Bar Design Awards qui se tiendront à Londres le 3 octobre 2019. 

 

CULTURE ALT s’est rendu en Italie pour l’inauguration de Chapter Roma avant de s'entretenir avec Tristan. Coup de jeune sur la ville éternelle. 

 

 

CULTURE ALT : Studio A fête ses 4 ans, avec déjà beaucoup de prix à son palmarès. Vous êtes installés à Westcliff, dans la banlieue de Johannesburg, loin des centres traditionnels du design comme Londres, New York ou Milan. C’était un handicap pour percer dans le milieu ?
Tristan du Plessis : Je dirais plutôt que ça a été un avantage. Je voyage beaucoup, et lorsque je reviens chez moi je peux explorer une nouvelle idée à fond avec les équipes. Nos recherches ne sont pas diluées ni perturbées par l’entourage, comme dans un incubateur. Nous avons un regard neuf, car il est isolé.

Couleurs profondes, canapés en velours, sol en marbre, mobilier industriel et murs enduits de béton : votre style est clairement reconnaissable. Comment le définissez-vous ?

C’est vrai que ces éléments apparaissent souvent dans mes projets... L’idée de départ est en général de dépouiller un lieu pour en révéler la structure, puis d’y ajouter des touches d’opulence. A Chapter Roma, nous avons décapé le plâtre des murs pour dégager les arches de support, qui datent des années 1880. Avec le développement de la ville, les promoteurs ont eu tendance à uniformiser les volumes pour moderniser le quartier. Nous voulions célébrer ses origines, plutôt que de les cacher. Dans les chambres, la brique apparaît par endroit sous le béton, comme si la déco n’était pas terminée. Dans l’entrée, le tapis Moooi fleuri casse le côté un peu sévère du mobilier en métal et des lampes Tom Dixon. C’est une question d’équilibre.

… et d’humour aussi ?
Oui, c’est vrai ! Sur ce projet, nous avons collaboré avec Seletti. Les tapis Lipsticks, de Maurizio Cattelan et Toiletpaper, apportent une touche décalée, voire ironique au design. Chapter Roma est un hôtel unique à Rome, qui s’adresse à une population jeune et cool. Il n’y a rien de semblable dans la ville. Tout a tendance à être poussiéreux et… un peu pompeux.

Comment vous expliquez ça ? Il n’y a pas de jeunes à Rome ?
Si bien sur. Mais Marco Cilia, le propriétaire de l’hôtel, m’a expliqué combien il pouvait être difficile de changer les choses. C’est une ville qui aime prendre son temps, et qui s’embourbe parfois dans des questions administratives. Il n’y a pas vraiment d’offre abordable pour les voyageurs qui apprécient la mode ou le design. C’était une opportunité pour nous de montrer qu’une autre approche du luxe est possible.

 

>> Sur le même thème, lisez l'interview de Sir Terence Conran, le fondateur du Musée du Design de Londres, de Conran Shop et de la chaîne de magasins Habitat. 

 

 

Dans les chambres, on trouve une banquette, des fauteuils et une table basse, plutôt qu’un bureau. Vos globe-trotters ne travaillent pas ?
Si ! (Rires). Mais ils travaillent autrement. Tout est plus informel, plus relax. Il n’y a pas besoin de marquer un espace de travail dédié. Il faut avant tout que l’atmosphère soit conviviale.

 

 
Comment trouver l’équilibre entre votre identité et celle du lieu sur lequel vous travaillez ?
C’est une des questions majeures de l’architecture contemporaine. On peut vite se perdre en créant des modèles exportables d’une ville à l’autre. A mon sens, le design doit être « localisé ». Même si mon style est reconnaissable, il est toujours marqué par l’environnement dans lequel je me trouve. C’est tout particulièrement vrai à Rome car l’hôtel est placé au coeur d’un héritage immense. Je me suis inspiré d’icônes italiennes comme Gio Ponti, mais nous avons aussi collaboré avec des artistes et artisans locaux. Dans les chambres, la penderie en métal soudé est une référence directe à la guilde de forgerons qui habitaient là avant. Les tables basses sont peintes par le calligraphe Warios, qui collabore aujourd’hui avec Fendi et dont le studio est à deux pas. Warios a aussi entièrement recouvert l’escalier qui mène aux toilettes. Alice Pasquini, Street artiste internationale originaire de Rome, a tagué le mur en face du bar. Pour que l’endroit ait du sens, il était impératif que la culture locale entre à l’intérieur du bâtiment. Rome est une ville magnifique, avec des ruines à chaque coin de rue. Il ne s’agit pas d’entrer en compétition avec son histoire, mais de la mettre à jour.

 

 

 

>> A découvrir. Design et Politique: communication ou Fake News ?  

 

Chapter Roma
Via di S. Maria de' Calderari, 47, Rome

Italie

 

 

 

 

 

Please reload

Featured Posts

Grâce à Dieu: le dernier film de François Ozon provoque la panique au sein de l'Eglise.

1/10
Please reload

News
Please reload

Archive