Interview: Ai Weiwei, artiste à l'honneur à Jérusalem

January 16, 2018

 

Ai Weiwei est l'un des artistes les plus réputés et les plus influents de ces dernières décennies. Provocateur et engagé, il s'est fait connaître avec une série de photos, le majeur levé devant des monuments iconiques comme le Louvre ou la place Tian'anmen.

L'artiste chinois de 60 ans a notamment recouvert des vases néolithiques de peinture indélébile avec le logo Coca-Cola et s'est fait photographier détruisant de précieuses urnes de la période Han. 

 

En 2008, Weiwei s'est insurgé contre son gouvernement après un tremblement de terre dans le Sichuan qui a coûté la vie a plus de 5,000 personnes, pour la plupart des enfants se trouvant dans des bâtiments non-conformes aux normes de sécurité anti-sismiques. L'installation Remembering, composée de 9,000 sac à dos, rend hommage à ces victimes. 

 

 

 

 

Jugé comme dissident par les autorités de son pays, Weiwei est battu puis emprisonné dans un lieu secret pendant 81 jours en 2011. Il doit son salut à la communauté internationale qui exige de ses nouvelles. L'installation S.A.C.R.E.D à la biennale de Venise deux ans plus tard donne les détails affligeants de ses conditions de détention, entre sévices physiques et torture morale. Il récupère son passport en 2015 et quitte le pays pour Berlin, où il continue de dénoncer les injustices à travers le monde. 

 

Faire de l'Art est-il forcément un acte engagé ?

"L'Art est un miroir de la société" nous a affirmé Ai Weiwei dans un entretien accordé depuis son studio berlinois. "Une société sans Art ne peut pas avoir d'âme, ni comprendre ce que nous sommes ou comment vivre ensemble. Ce genre de société peut être puissante mais aussi sans coeur et donc être très destructrice."

 

Buenos Aires, Istanbul, New York... depuis son installation en Allemagne, Ai Weiwei est omniprésent. A l'IMJ, le musée d'Art de Jerusalem, son exposition Maybe, Maybe Not ouverte jusqu'au 3 mars 2018 aborde les notions de droits de l'Homme, de liberté d'expression, et provoque le doute. 

 

"Cette exposition a été pensée en prenant en compte le contexte culturel et politique de la région. J'y présente d'ailleurs plusieurs travaux crées spécifiquement pour ce musée. Le titre de l'exposition exprime en effet un certain degré de doute, qui n'est pas seulement un état des lieux global, mais également un constat de la situation géopolitique en Israël" confirme l'artiste.  

 

>> Découvrez l'interview d'un des inventeurs du walkman, Ross Lovegrove. 

 

Soft Ground, un immense tapis de 250m2 exposé au IMJ, est une référence directe au Haus der deutschen Kunst à Munich, où étaient exposées les oeuvres vénérées par le IIIème Reich nazi. Au-delà de la mise en avant de l'artisanat chinois  - le tapis a été tissé dans la province du Hebei - l'oeuvre pose la question du goût à travers l'Histoire. Qui décide de ce qui constitue notre héritage ? Une Tabula Rasa peut-elle être une démarche acceptable ? 

 

"Soft Ground a pris tout son sens une fois installée dans le musée de Jérusalem" nous a répondu Weiwei. "Le IIIème Reich a tenté de définir la "pureté" de l'art en sacrifiant l'humanité, causant la plus grande tragédie du 20ème siècle. En remettant l'installation dans son contexte historique, particulièrement dans ce musée, l'oeuvre nous appelle à prendre du recul sur le fait que l'histoire peut encore exercer un réel poids sur le développement humain. Ce qui rend ce travail plus pertinent aujourd'hui que jamais [...] Le bon Art dit toujours la vérité, et cette vérité rend notre compréhension de l'être humain plus complète, elle offre aussi un meilleur environnement pour tous."  

 

  

 

- "L'Art n'a de sens, dans n'importe quelle société et à n'importe quel moment, que s'il pose les questions les plus critiques de manière innocente. La plupart du temps ces questions sont manquantes ou déformées par le discours politique, et souvent avec des conclusions violentes." Ai Weiwei. 

 

L'exposition Maybe, Maybe Not pose en réalité la question "L'Art peut-il changer le monde ?"

Elément de réponse s'il en est, Weiwei a crée, en collaboration avec l'IMJ, une série de sculptures en porcelaine montrant une ferme poignée de main entre deux avant-bras en costume. Bien que l'identité des personnages ait été épurée, l'oeuvre est directement inspirée de la rencontre entre les présidents Emmanuel Macron et Donald Trump.

 

 

 

 

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"Cette sculpture a été faite dans la ville chinoise de Jingdezhen, réputée depuis des millénaires pour la qualité de sa porcelaine", nous a confié Weiwei. "Le travail est à remettre dans un contexte de mondialisation, où serrer une main est devenu un acte futile dans la recherche du pouvoir et des alliances. Elle peut aussi signifier un geste de confiance et d'ouverture."

 

Penchant pour l'optimisme d'une ouverture, Ai Weiwei vient d'offrir un exemplaire de la sculpture, d'une valeur de $50,000, à l'organisme caritatif anglais BFAMI. Les British Friends of the Art Museums of Israel existent depuis plus de 70 ans et ont pour mission d'aider les musées d'Israel à se développer, tant sur le plan régional qu'international. 

 

Les profits de la vente de Hands without Bodies -ainsi que ceux d'une trentaine d'autres oeuvres vendues à Londres lors d'un gala caritatif le 16 janvier 2018-, permettront de subventionner des programmes éducatifs dans les institutions culturelles.  

 

Au-delà de la générosité du projet, le geste est aussi révélateur du regard de l'artiste sur les méthodes d'apprentissage dans son pays natal.

 

"Le point le plus vulnérable de nos sociétés ultra connectées et au développement rapide est en général l'education. Le système établi dans les écoles, les méthodes d'éducation, ses buts... tout doit être revu et questionné. En même temps des millions d'enfants n'ont pas la possibilité de s'éduquer, et cela aura des conséquences sur leur vie entière, laissant une cicatrice permanente dans la société."

 

Plus que la politique, investir dans l'éducation serait le véritable espoir ?

 

"Investir dans l'éducation est en effet un moyen d'investir dans le futur et de protéger nos enfants, en leur permettant de comprendre l'Art, la culture, l'héritage et le respect des uns des autres. C'est un moyen de les équiper pour qu'ils puissent se défendre des manipulations politiques".

 

 

Hands without Bodies est vendu lors du gala caritatif de BFAMI au Dorchester le 16 janvier 2018. Pour placer une enchère, cliquez-la 

 

L'exposition Maybe, Maybe Not est ouverte au Israel Museum de Jérusalem (IMJ) jusqu'au 3 mars 2018

 

 

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